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Mon beau journal, dis-moi qui je suis

Bella vita n°51 > Patrimoine, septembre 2017

schedule LECTURE 4 MIN

Dans le canton de Vaud, la presse, en particulier régionale, a toujours été très prolifique. Par leur rôle critique, les journaux ont un lien très fort avec leurs lecteurs et constituent un vrai pan de patrimoine. Un monde qui se trouve pourtant aujourd’hui face à un tournant.

Un journal régional, c’est un peu le miroir de nos vies sociales. On s’y informe avec intérêt sur la vie de son quartier ou sur les affaires du monde et l’on s’y forme une opinion. On y déniche un job, un appartement ou une occasion. Et qui n’y a jamais découpé un article pour le conserver précieusement ou le transmettre à quelqu’un de proche ? Tout est là, dans ces colonnes, pour raconter notre histoire et celle de l’univers dans lequel nous évoluons. Peuplant les tables des salons, des cuisines et des bistrots du canton depuis d’innombrables générations, des titres comme 24 heures, La Côte, La Région Nord Vaudois, Le Journal de Morges ou encore Le Régional résonnent aux oreilles des Vaudois comme autant de noms amicaux et rassurants, compagnons fidèles de nos destinées. 


Lien social fort

A l’heure où la presse connaît un tournant crucial, cette image d’Epinal est mise à rude épreuve. C’est aujourd’hui essentiellement sur des sites internet spécialisés que l’on déniche un job, un appartement ou une occasion et les informations vont si vite sur la toile que le vénérable papier a perdu de sa fraîcheur. Alors, les journaux doivent constamment se réinventer, dans leurs cahiers imprimés ou sur leurs versions électroniques, afin de proposer à leurs lecteurs des thèmes innovants et des sujets qui leur parlent tout au long de leurs journées. Presque du sur mesure. Et le propre d’un journal régional, c’est qu’au travers du lien social qu’il tisse, il crée une relation forte, presque unique, avec son lecteur. Et c’est bien cet aspect qui est plus que jamais mis en avant aujourd’hui. 

Premier quotidien vaudois et même romand en terme de tirage avec ses 70'000 exemplaires quotidiens, 24 heures est la figure de proue des journaux régionaux du canton et une référence aussi au niveau national. Il informe les Vaudois depuis 1762 et, avec sa communauté de quelque 180'000 amis sur Facebook et 110'000 visiteurs quotidiens sur son édition en ligne, il a amorcé un virage électronique réussi, proposant aujourd’hui une complémentarité entre les supports papier et digital. Avec sa couverture de l’actualité sur tout le territoire cantonal, il fait office de véritable ciment social entre ses lecteurs, du Pays-d’Enhaut au Nord vaudois en passant par le bassin lémanique. Insistant sur ce rôle de fédérateur de la société vaudoise, son rédacteur en chef, Thierry Meyer, souligne qu’un journal régional « ne doit pas seulement rendre compte des événements de l’actualité, mais doit surtout aller vers les gens, leur proposer des thématiques qui leur sont proches, mettre sur pied des événements liés à leur quotidien et célébrer l’histoire commune que partagent les Vaudois ». 

« Un journal régional ne doit pas seulement rendre compte de l’actualité, mais doit surtout aller vers les gens. »

Thierry Meyer, rédacteur en chef de 24 heures

Réfléchir à demain

Et c’est dans cette optique qu’a été lancée dans les colonnes de 24 heures l’opération « Demain la Suisse », en partenariat avec Retraites Populaires. Durant les mois de juillet et août, la rédaction de 24 heures présente sous forme d’articles, vidéos et photos 42 projets novateurs dénichés dans toute la Suisse, qui apportent une réponse positive aux défis de notre temps et qui font avancer le pays vers un avenir durable. Economie de moyens, partage, innovation ou encore mieux-vivre, chacune de ces initiatives est susceptible de créer un élan et de changer la donne, que cela soit dans des domaines aussi divers que la construction, la cohabitation, la préservation du patrimoine et l’alimentation. Ces projets réunis feront l’objet d’une exposition au Comptoir Suisse sur le stand de 24 heures et seront également compilés dans un livre.

Les journaux sont donc de puissants créateurs de liens sociaux et, à ce titre, les lecteurs y sont très attachés, que cela soit un quotidien régional ou un magazine hebdomadaire. On l’a vu lors de la mort subite de L’Hebdo au mois de février dernier, la réaction du public fut très émotive, car en biffant ainsi un titre emblématique, on a enlevé aux Romands une partie de leur vie sociale. C’est l’une des raisons qui expliquent le vif succès qu’a rencontré la campagne de financement participatif qui s’en est suivie, lancée en ligne par des journalistes pour pallier le vide qu’a laissé cette disparition et créer ainsi un nouveau média.

Papier ou digital ?

En 2017, la consommation des journaux en ligne atteint un tiers environ du lectorat alors que le papier représente les deux autres tiers.

Baptisé Bon pour la tête, ce journal en ligne propose depuis le mois de juin un journalisme d’investigation totalement indépendant, sans publicité et entièrement financé par ses lecteurs. Une belle manière d’impliquer le public dans cette aventure, qui représente bien plus que le lancement d’un média faisant le compte-rendu de l’actualité, mais bien d’une proposition de partager ce qui constitue la vie des Romands aujourd’hui. Tout comme le projet « Demain la Suisse », c’est une façon de réunir les gens et de penser ensemble l’avenir, celui de la presse, d’une région ou d’un pays. Prendre en mains notre destin, en quelque sorte.



 


Voyage dans le temps
Grâce à sa plate-forme électronique Scriptorium, la Bibliothèque cantonale universitaire (BCU) propose de plonger dans les archives de plusieurs titres vaudois, remontant jusqu’au XVIIIe siècle. Des millions de pages sont ainsi consultables. 








Bon pour la tête 

« Média indocile », Bon pour la tête réunit à ce jour une trentaine de journalistes romands. La rédaction de ce nouveau titre a établi ses quartiers au centre de Lausanne au mois de juin. Proposant en ligne un regard critique sur l’actualité, avec un accent particulier sur la culture, il offre également une revue de la presse internationale.





scriptorium.bcu-lausanne.ch
bonpourlatete.com