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Métiers rares, métiers d'art

Bella vita n°50 > Patrimoine, mai 2017

schedule LECTURE 4 MIN

Ce sont des professions qui remontent souvent à plusieurs siècles et que l’industrialisation puis l’ère du numérique avaient, croyait-on, rendues obsolètes. Pourtant, les métiers d’art reviennent petit à petit sur le devant de la scène et nous disent beaucoup sur notre rapport à la consommation.

Savoir faire. Voilà deux mots qui reflètent à merveille le travail des artisans d’art.Dépositaires d’une tradition séculaire, ils savent travailler la matière, la transformer et la sublimer pour en faire un objet utile et beau à la fois. Joignez ces deux verbes d’un trait d’union, et vous obtiendrez le mot clé par excellence pour définir le cœur même de leur métier : leur connaissance et leur créativité, innées ou acquises, qui font de leurs produits des pièces uniques et de chacun de leurs gestes des petits bouts de patrimoine immatériel. 

Du fondeur de cloches au fabricant de skateboards, en passant par le tavillonneur, la souffleuse de verre, le sculpteur de marionnettes, la restauratrice de tableaux ou encore le facteur de clavecins, les artisans d’art font partie du paysage professionnel et culturel vaudois. En recrudescence depuis quelques années, ils répondent à une demande croissante du public pour un retour à l’authenticité et à la qualité. Mais au juste, que sont exactement ces métiers d’art et qu’est-ce qui les distingue des autres formes de métiers ? Selon l’Association Suisse des Métiers d’Art (ASMA), qui œuvre à la préservation et à la valorisation de ces métiers en Suisse, « un-e artisan-e d’art conçoit, réalise, transforme ou restaure des objets usuels, à l’unité ou en série limitée, qui présentent un caractère esthétique et dont la réalisation met en œuvre des savoir-faire essentiellement manuels. » 


Passeurs de mémoire

C’est donc avant tout le caractère hautement qualitatif qui ressort lorsqu’on évoque ces métiers traditionnels, notamment grâce à la conservation du geste humain et à la transmission d’un savoir-faire propre à leur discipline. Les artisans d’art sont ainsi de véritables passeurs de mé­moire. Leur particularité tient en effet à ce qu’ils reproduisent exactement à l’identique les techniques et les productions des générations précédentes, les font évoluer et les transmettent à la génération suivante. 

Donner la priorité à l’authenticité, à la qualité, au savoir-faire et à la tradition.

« Pour le consommateur, cela est rassurant », commente Thierry Hogan, secrétaire général de l’ASMA, « car cela incorpore des valeurs auxquelles on tient et qui font partie de notre identité. Ainsi, ces gestes et techniques ne sont pas délocalisables, car ils appartiennent intégralement à notre culture populaire et à un patrimoine local. De plus, les produits qui en résultent, de haute qualité et de belle facture, ont un très grand potentiel de garde. Ce sont des objets que l’on va transmettre et que l’on va pouvoir réparer, dans les règles de l’art. L’inverse des meubles en kit. Cela s’inscrit dans une démarche d’économie créative et de développement durable. » 

Un aspect qui séduit particulièrement le public. De plus en plus sensible au travail bien fait, ce dernier marque une tendance à vouloir retrouver un rapport direct et tangible à l’objet usuel, son histoire et sa fabrication. De la même manière qu’il est aujourd’hui important de pouvoir vérifier la traçabilité des produits alimentaires et de privilégier la consommation bio ou locale, il est devenu préférable pour une partie des consommateurs d’acheter un article certes plus cher, mais de meilleure qualité et qui maintient une économie locale. 


L'intelligence de la main

Donner la priorité à l’authenticité, à la qualité, au savoir-faire et à la tradition, c’est aussi reconnaître et revaloriser le travail manuel, le geste mille fois répété, jusqu’à la perfection, mais aussi l’inspiration et la touche humaine qui distingueront ce travail de la production industrielle. Facteur de clavecins au Brassus, Yannick Van Hove a trouvé les mots justes pour relever cette particularité : « C’est très important que tout soit fait à la main. La main a une mémoire, une gestuelle et une intelligence. » Et c’est précisément pour cette raison que les métiers d’art sont importants dans notre société contemporaine, dominée par l’immédiateté et l’automatisation : ils nous rappellent l’importance du temps qui passe et nous renvoient à notre nature humaine. 

2015

C'est l'année où les apprentis de la première volée de tavillonneurs de Suisse ont reçu leurs diplômes, prêts à exercer leur métier. 

Grâce notamment à l’importance accordée en Suisse à la filière de l’apprentissage, mais aussi grâce au travail de promotion de l’ASMA, les métiers d’art, bien que confidentiels et parfois menacés, profitent d’un soutien aidant à leur développement. Des événements comme les Journées Européennes des Métiers d’Art, qui se tiennent chaque année dans plusieurs cantons, au début du mois d'avril, permettent par exemple de leur donner de la visibilité auprès du grand public. Côté formation, l’intérêt des jeunes apprentis pour ces métiers est de plus en plus marqué, en raison notamment de leur côté authentique, où la passion, la créativité et l’autonomie sont des valeurs maîtresses. Pour preuve, 2015 a vu la première volée d’apprentis tavillonneurs en Suisse se lancer à l’assaut du monde professionnel. Un beau symbole.



 


200 métiers, 11 catégories
Le domaine des métiers d’art regroupe environ 200 métiers, répartis en 11 catégories : les arts appliqués, le bois, le cuir, la facture instrumentale, l’horlogerie-bijouterie, le métal, le papier, la pierre, la terre, le textile, le verre.









Un succès européen 

Les Journées Européennes des Métiers d’Art (JEMA) se déroulent dans 19 pays, avec plus d’un million de visiteurs chaque année. Dans le canton de Vaud, ce sont plus de 40 artisans d’art qui ouvrent les portes de leurs ateliers pour faire découvrir leur passion. La prochaine édition aura lieu du 6 au 8 avril 2018.








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