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Le don, ça fait du bien !

Bella vita n°52 > Mode de vie, décembre 2017

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A l’approche des Fêtes, les idées de cadeaux vont bon train et avec elles, le concept du don refait surface dans les esprits. Et puisque nous sommes dans la saison propice pour cela, interrogeons-nous donc un instant sur le don et sa signification. Car si le don est libérateur et fait du bien, sa démarche n’est pas toujours dénuée de toute complexité.

Période de solidarité et de réjouissances, les Fêtes de fin d'année sont propices au don. Quelle qu’en soit la forme, l’acte de donner en dit beaucoup sur notre rapport à la société. Don d’argent, don d’objet, don d’organe, don de sang, don de soi à travers le bénévolat ou encore don à des projets sous forme de crowdfunding, la question centrale reste toujours la même : pourquoi donnons-nous ? On serait tenté d’ajouter instantanément « et qu’en retirons-nous ? ». Une première réponse naturelle est que dans notre société mercantile, il est bon, voire même libérateur pour de nombreu­- ses personnes d’effectuer une action sincère et désintéressée, dénuée de toute valeur marchande et de tout calcul. Mais est-ce vraiment toujours le cas ? 


Créer du lien social

En théorie, celui ou celle qui pratique le don n’en tire pas de profit personnel. Mais en vérité, un comportement purement altruiste et désintéressé reste rare. Bonne conscience, déduction fiscale, ou simple satisfaction personnelle, donner « rapporte » presque toujours quelque chose au donateur. Sans compter une certaine attente, le plus souvent non avouée, d’une réciprocité de la part de celui qui reçoit, ou du moins un geste de gratitude à l’égard du donateur.

Dans son fameux « Essai sur le don » publié en 1924, l’anthropologue français Marcel Mauss puise dans les traditions de sociétés archaïques de Polynésie ou de peuples autochtones d’Amérique du Nord pour donner un sens au don. S’appuyant notamment sur des cérémonies rituelles appelées « potlatch » lors desquelles des personnes s’échangent des dons dans le but de signifier leur respect et leur valeur sociale réciproque, il déduit que le don s’organise en un véritable système, avec un but précis qui est celui de créer du lien social. Pour lui, ce système repose sur une relation circulaire entre le donateur et le donataire faite d’obligations : l’obligation de donner, mais aussi l’obligation de recevoir puis de rendre, par un contre-don. Le don en tant qu’acte social suppose que le bonheur personnel passe par le bonheur des autres et servirait donc principalement à initier une relation entre deux individus, fondée sur la réciprocité. On n’est donc pas loin du concept de mutualité. 

Il est bon, voire même libérateur pour de nombreuses personnes d’effectuer une action sincère et désintéressée. 

L’impossibilité du don ?

Quelques décennies plus tard, en 1991, le philosophe français Jacques Derrida, dans son ouvrage « Donner le temps », lui répond en avançant que le don est un acte impossible et qu’il constitue un paradoxe absolu. Pour lui, un don ne doit en aucun cas provoquer la réciprocité, pas même un signe de gratitude. Un véritable don devrait donc être anonyme, voire même se faire à l’insu de celui qui le reçoit. 

Mais il va plus loin encore, en affirmant que le don doit aussi être totalement désin­téressé et que le donateur ne devrait en retirer aucun bénéfice, pas même un quelconque sentiment de satisfaction. Le don devrait donc également se faire à l’insu du donateur. Autant dire impossible, puisqu’il s’annulerait. Pour Derrida, le don véritable est donc tout simplement inconcevable. 


Une tradition suisse

Loin des considérations philosophiques, la plupart des gens qui effectuent des dons ou offrent des cadeaux, à Noël ou dans d’autres circonstances, cherchent tout simplement à faire plaisir ou à entretenir une relation amicale, donnant ainsi plutôt rai­son à Marcel Mauss. On a également tendance à donner à des organisations qui nous tien­- nent à cœur, pour des raisons personnelles, attribuant ainsi un rôle constructif et une valeur sentimentale au don. Quant aux entreprises, en période de Noël, elles sont de plus en plus nombreuses à renoncer aux cadeaux faits aux clients ou partenaires pour les remplacer par des dons à des associations caritatives ou culturelles. C’est le cas de Retraites Populaires, qui convertit à nouveau son traditionnel cadeau en un don, destiné cette année à l’association les Pinceaux Magiques, qui offre aux enfants malades des moments colorés grâce à la peinture sur soie. 

De manière générale, les Suisses sont particulièrement généreux, 75% de la popu­lation en moyenne effectuant au moins un don par année, notamment pour des causes comme le handicap, l’enfance, les crises humanitaires ou les grandes catastrophes naturelles. Cette propension au don fait pour ainsi dire partie de la culture de notre pays qui a vu naître la Croix-Rouge et qui compte aussi de nombreuses insti­tu­tions comme Terre des Hommes, la Chaîne du Bonheur, Caritas ou encore la Ligue suisse contre le cancer, auxquelles les Suisses restent fidèles lorsqu’il s’agit de donner. Cela est en partie dû à la confiance qu’ils portent envers ces organisations, dont ils jugent le travail très utile et apprécient la transparence sur l’utilisation faite des dons collectés. Une transparence garantie par la fondation Zewo, dont le but est de certifier les organisations d’utilité publique collectant des dons. En étant ainsi rassurés quant à l’utilisation de leurs dons, les gens donnent plus facilement. Encore plus en période de Noël, où nous sommes tous plus enclins à penser aux autres. 



220 tonnes de vivres 

C’est ce que collectent chaque année les bénévoles des Cartons du Cœur vaudois auprès des grands commerces et des particuliers qui font don de produits de première nécessité en faveur des personnes dans le besoin.


Des Suisses toujours plus généreux 

En 2016, les œuvres de bienfaisance en Suisse ont recueilli 1,8 milliard de francs de dons, selon les chiffres du Zewo. Dix ans plus tôt, le montant s'élevait à quelque 1,1 milliard.