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Le boom du finance­ment participatif

Bella vita n°50 > Mode de vie, mai 2017

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Mode de soutien financier toujours plus utilisé sur internet, le crowdfunding, ou financement participatif, permet à de petits projets de voir le jour grâce à l’aide de nombreux contributeurs. Une belle manière de mettre en avant la solidarité et l’envie de créer ensemble.

Qui n’a jamais rêvé de monter son projet culturel, social, sportif ou commercial longuement mûri dans son esprit mais peu réaliste pour son porte-monnaie ? Qui n’a jamais souhaité associer à ce projet un public large et varié qui servirait de soutien inconditionnel mais aussi de clients ou de fans ré­guliers ? Avec le financement participatif, cela est devenu possible. Ce système, appelé également crowdfunding, permet en effet de compter sur le soutien et la générosité du public, mais surtout sur l’intérêt de ce dernier à porter un projet jusqu’à sa réalisation, pour pouvoir ensuite en bénéficier sous différentes formes. 

Une tendance qui s’inscrit dans un mouvement de consommation collaborative et de production locale

Succès grâce au web

Si le financement participatif existe depuis longtemps sous la forme de la collecte de fonds bien connue dans les milieux carita­tifs (on pense notamment à la Chaîne du Bonheur ou au Téléthon), le phénomène récent du crowdfunding repose lui entièrement sur internet et les réseaux sociaux en particulier. L’idée est simple : sur l’une des nombreuses plateformes web de crowdfunding, vous exposez votre projet en indiquant quelle est la somme dont vous avez besoin pour le réaliser. Dès qu’un projet est lancé, la somme visée doit être atteinte dans un temps donné, souvent un à trois mois, pour que son initiateur reçoive les dons promis par les contributeurs. La plateforme retient quant à elle 10 % du total : 6 % de commission et 4 % de frais de transactions. 

Les plateformes suisses wemakeit.com ou 10-days.net sont sans doute les plus connues et utilisées en Suisse romande, avec environ deux tiers des projets qui y sont lancés qui aboutissent. Une fois que le projet a vu le jour, par exemple un café-théâtre pour promouvoir de jeunes talents, les contributeurs reçoivent en guise de remerciement un cadeau proportionnel à leur soutien financier, de la place de concert à la carte de membre. Dans le canton de Vaud, de nombreux projets à vocation culturelle, sociale ou de développement durable ont ainsi pu voir le jour. C'est le cas de la chanteuse Amandine, de Chavornay, qui a produit son premier album grâce au financement participatif, mais aussi de la Coopérative de la Brouette à Lausanne qui propose un accès direct à des produits locaux issus de l’agriculture biologique par le biais d’une épicerie de quartier ou encore du journal La Ficelle, toujours à Lausanne, qui parle des événements, des personnes et des histoires qui font battre le cœur de la ville. 


Solidarité et mutualité

Autant de projets qui font vivre le tissu socio-culturel régional en faisant participer un public de passionnés. Cette tendance à l’appel au don et donc au financement participatif s’inscrit dans un mouvement de consommation collaborative et de production locale. On aime un projet et on décide de le soutenir car on peut s’y identifier. Ce sont en effet très souvent des gens que l’on connaît ou des idées que l’on partage que l’on aide, pour in fine faire aboutir un produit ou un service dont on pourra bénéficier ensemble, avec les initiateurs du projet et tous les autres contributeurs. Cette tendance met ainsi en avant des valeurs humaines telles que la solidarité et la mutualité. Mais elle promeut aussi le développement de synergies pour mettre en commun des ressources locales. Dans ce sens, le financement participatif représente également un bel outil de promotion d’un développement durable. Une manière aussi d’assurer ainsi une certaine diversité dans l’offre, qu’elle soit culturelle, sociale ou même commerciale en proposant une alternative aux réseaux de grande distribution. 

Si cette pratique est devenue très tendance ces quatre ou cinq dernières années, force est de constater que de tous temps, les sociétés ont cherché à trouver des solutions de financement participatif pour lancer de grandes initiatives. Un petit retour dans le temps nous rappellera ainsi que l'un des tout premiers projets notables réalisés grâce au financement participatif ne fut rien de moins que la Statue de la Liberté, offerte par la France aux Etats-Unis en signe d’amitié entre les deux nations. En France, la campagne de promotion pour le financement de la statue débuta à l’automne 1875. La collecte des fonds se fit avec les moyens de l’époque : articles dans la presse, spectacles, banquets, taxations publiques, loterie, mais surtout grâce aux dons de milliers de particuliers. Le nombre de 100 000 souscripteurs fut annoncé. Dès la fin de l’année 1875, les fonds rassemblés s’élevaient déjà à 400 000 francs. C’est ainsi qu’a donc vu le jour l’un des monuments les plus connus au monde. Une belle source d’inspiration pour tous les (plus petits) projets qui comptent désormais sur internet et le crowdfunding pour se lancer dans leurs diverses aventures. 





Musique

Le crowdfunding s’est diversifié avec l’apparition d’internet au milieu des années 90. Et c’est l’industrie de la musique et du divertissement qui fit office de pionnier, plusieurs albums, tournées ou films ayant été financés par les fans.


En chiffres

En 2015 en Suisse, 27,3 millions de francs ont été récoltés au travers de 1 342 campagnes auxquelles ont contribué environ 90 000 personnes sur près de 40 plateformes de crowdfunding. Sur ce total, 6 millions de francs ont servi à soutenir des projets culturels et créatifs.