keyboard_arrow_leftRetour

L’art de prendre de la hauteur

Bella vita n°49 > Mode de vie, décembre 2016

schedule LECTURE 4 MIN

Qu’allez-vous faire durant ces vacances de Noël ? Serez-vous de ceux qui prennent le chemin de la montagne ou de ceux qui restent dans les villes désertées ? Si vous comptez parmi les premiers, sans doute désirez-vous profiter de cette retraite en altitude pour vous ressourcer.

Il est un rite immuable, qui chaque hiver depuis quelques décennies, aux alentours des fêtes de Noël, voit de nombreux citadins romands délaisser les villes pour jouir de l’air pur de la montagne et vivre, l’espace de quelques jours, une autre vie faite de tranquillité et de plaisirs authentiques. Véritable transhumance humaine, la « montée au chalet » est devenue un must, une tradition suisse au même titre que les grillades estivales ou les feux du 1er août. Pendant les vacances de Noël, et plus tard celles de février, plus de files à la caisse des magasins et plus de mal à trouver une place de parc pour celles et ceux qui restent en plaine. Tous les autres sont à la neige. 

Monter en altitude, c’est aussi une sorte d’élévation, physique et spirituelle

Un espace entre parenthèses

Cette villégiature alpine, sous la forme du traditionnel chalet, d’un appartement de vacances ou d’un hôtel, offre au citadin un espace entre parenthèses, un éphémère plaisir d’ailleurs. La re­joindre, c’est quitter pour quelques jours son chez‑soi pour vivre une autre vie. C’est fuir les contraintes de la vie normale, abolir le temps et savourer la vie de famille ou la vie en couple. C’est s’adonner à des activités sportives et à des loisirs que la ville ne nous offre point. C’est communier avec la nature dans un environnement vierge et un décor authentique, parfois rustique. Monter en altitude, c’est aussi une sorte d’élévation, physique et spirituelle, au-dessus du quotidien et des affres de la plaine, qu'on laisse avec délectation derrière soi. Une manière de prendre de la hauteur, au propre comme au figuré. Mais aussi le délice de se retrouver pour quelques jours au-dessus du brouillard. 

Mais derrière cette vision un brin romantique réside un réel besoin psy­chologique de se ressourcer. En effet, plus notre vie en plaine est trépidante, active, stressante, plus le besoin d’une rupture avec ce quotidien se fait ressentir. Une rupture qui, pour être efficace, se doit d’intervenir par le biais d’un univers diamétralement opposé à celui que l’on fuit. Et une rupture qui doit permettre de se retrouver avec soi-même et de se reconstruire. C’est la raison pour laquelle, au chalet, on adopte un style de vie beaucoup plus détendu et informel, que ce soit dans les habitudes vestimentaires ou dans les horaires des journées. Le farniente en guise de thérapie, en quelque sorte. 

Selon Christophe Clivaz, politologue, professeur associé à l’Institut de géographie et durabilité de l’Université de Lausanne, site de Sion et spécialisé dans les questions touristiques, « ce comportement est vrai pour les vacances de Noël, qui constituent une période de retrouvailles et de repos. Il l’est un peu moins pour les vacances de février, qui sont quant à elles plus dévolues au ski. Du coup, à Noël, si la neige vient à manquer, cela ne représente pas une catastrophe, car on n’est pas là que pour elle. Les stations étoffent ainsi leur offre, avec notamment de plus en plus d’activités culturelles et plus seulement sportives. » 


La villégiature : tradition aux formes diverses

Introduit dans la langue française en 1755 par l’abbé Prévost, le terme « villégiature » vient de l’italien villeggiare, littéralement « être dans sa villa ». C’était résider dans sa maison de campagne, celle où il était de bon ton de passer du temps consacré au repos. A cette époque déjà, à la vie sérieuse et aux obligations mondaines de la ville, s’oppose pour un temps une vie idéalisée. De tous temps, les différentes civilisations ont eu besoin de cette échappatoire, d’un lieu et d’un temps où l’on peut vivre entre parenthèses, de la villa romaine à la datcha russe, en passant par le cottage anglais. 

La première villégiature alpine, quant à elle, a d’abord été liée aux grands hôtels de luxe. Avec la crise économique de 1929, ce genre de villégiature aristocratique a commencé à décliner et s’est vue remplacée par des formes qui perdurent aujourd’hui, en particulier le fameux chalet. A cette époque, le tourisme d’altitude se manifeste encore timidement et reste essentiellement estival. Il faudra attendre la fin de la Seconde guerre mondiale et la reprise économique qui lui fait suite pour que l’idée de stations de ski se concrétise et avec elle l’envie toujours plus fréquente d’y passer du temps pour soi. Les vacances à la neige se démocratisent alors, pour devenir un must à partir des années soixante. Si, pour Christophe Clivaz, cette tendance est toujours d’actualité, « les générations de futurs vacanciers seront plus nomades et donc moins fidèles à une seule station. Le tourisme d’hiver en montagne est appelé à évoluer, avec des activités toujours plus complémentaires d’un site à l’autre. » Mais quelle que soit la tendance, les cimes demeureront un refuge et un lieu de con­tem­plation pour de nombreuses années encore. Une ode à la montagne, symbole par excellence de la Suisse. 




Chalet

Selon le Petit Robert, le chalet est un mot suisse romand dont la racine vient du latin cala , signifiant l’abri. En patois, le tsalè était d’abord un enclos pour le bétail avant de désigner le chalet que l’on connaît.


Transhumance

Alors qu’il est de coutume de se rendre en montagne pour l’hiver, les animaux font eux le chemin inverse. C’est en été que vaches et moutons prennent la direction de l’alpage, pour redescendre passer l’hiver en plaine, donnant lieu aux fameuses processions de la Désalpe.