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Des jardins en tenue de ville

Bella vita n°51 > Mode de vie, septembre 2017

schedule LECTURE 4 MIN

A mesure que la ville se développe, les habitants ressentent le besoin de renouer avec la nature qu’ils ne veulent pas voir disparaître. A côté des traditionnels jardins familiaux, diverses initiatives soutenues par les collectivités publiques permettent aux citadins d’assouvir leur passion du jardinage.

Des drapeaux de plusieurs nationalités ondoyant au-dessus d’une riche végétation signalent ces oasis de verdure particulièrement actives en fin de semaine. Le bruit de la circulation n’est qu’un lointain bourdonnement et l’on se croit ailleurs qu’en ville. Sur de petites pelouses, sous un arbre fruitier ou un parasol, on se prépare à l’apéro. De splendides massifs de fleurs mais également des rangées de salades et des composts parfaitement maîtrisés ornent ces lieux où cohabitent des gens de tous horizons. 


Jardinage et farniente

« Les jardins familiaux ont leur origine au XIXe siècle, lorsqu’ils s’appelaient des jardins ouvriers », explique Yves Lachavanne, architecte-paysagiste de la Ville de Lausanne. « Quand l’industrie a absorbé en ville toujours plus de travailleurs agricoles, ces premiers immigrés ont reproduit le monde dont ils étaient issus. Tandis que les légumes complétaient l’ordinaire, l’hygiène publique y trouvait son compte : on évitait ainsi que les hommes ne fréquentent trop assidument le bistrot ». Aujourd’hui qu’on les nomme « jardins familiaux », ils sont essentiellement peuplés de familles, justement, et de retraités. La société des loisirs est passée par ces morceaux de nature où le bonheur est fait de performances potagères comme de farniente. Des cabanons aux dimensions parfois imposantes confèrent même à ces lieux un statut de quasi-résidence secondaire. 

Toutes sortes d’initiatives fleurissent afin de reconcilier le citadin avec la nature en faisant reprendre à celle-ci quelques droits en ville. 

En ville, toutefois, cette forme d’agriculture urbaine semble avoir atteint sa limite. Si les surfaces qui leur sont dédiées ne sont pas en diminution, les jardins familiaux ont tendance à reculer vers la périphérie, remplacés au cœur de la cité par des « potagers urbains ». « C'est depuis 1996 », précise Yves Lachavanne, « que nous avons mis des lopins de terre à disposition des habitants en pleine ville, les " plantages ". Alors qu’un jardin familial peut atteindre 100 à 200 m2, le succès de ces plantages est tel que leur surface est limitée à 36 m2 par habitant. On y va surtout pour jardiner. » 

Lausanne est une pionnière européenne dans ce domaine et des urbanistes sont venus s’en inspirer depuis Paris et Lille pour créer en France des « jardins partagés ». Au nombre d’une quinzaine, certains de ces nouveaux jardins lausannois ont un charme particulier. C'est le cas de celui du Désert, à l’ouest de la ville. Après avoir été une léproserie puis un domaine agricole, ce terrain a été acheté par le père de Benjamin Constant qui en fait un parc en 1782 avec une longue pièce d’eau et un potager. Celui-ci a été réhabilité puis confié aux bons soins des jardiniers urbains. 


Engagement éthique et citoyen

« Un tiers pour la nature, un tiers pour mes amis et un tiers pour moi » est une devise qui plaît bien à Claudia Bogenmann, directrice adjointe d’Equiterre. Vouée à promouvoir les jardins potagers dans les villes, l’association a développé une démarche participative intégrant les habitants-jardiniers. Ils élaborent ainsi collectivement le plan et le fonctionnement de leur futur espace de culture puis sont accompagnés, depuis la réalisation des sentiers et l’installation des coffres à outils jusqu’à la première récolte, en passant par une sensibilisation à la culture biologique. Toutes les catégories de la population sont représentées chez les jardiniers amateurs, tout au plus peut-on observer de lointaines origines agraires pour une partie d’entre eux. Quant aux motivations, le geste du jardinier, la fascination de voir un légume pousser et l’envie de consommer ce qu’on a produit soi-même sont les principaux moteurs de cette activité. Sans oublier, en arrière-fond, un engagement éthique et citoyen encouragé par des discours comme celui du film « Demain ». 

La lutte contre les limaces ou la grêle et l’aspect parfois harassant de la culture d’un coin de terre, aussi petit soit-il, font reprendre conscience en ville de la fragilité humaine face à la force et la valeur de la nature. Jusqu’aux vols de légumes, parfois, qui font hélas aussi partie des déboires des micro-producteurs ! Tous ces inconvénients ne rebutent toutefois pas ces agriculteurs du troisième millénaire, jeunes et urbains, qui redonnent aux bords de rues des allures de petites plaines. 

Aujourd’hui, l’idée a fait un bon bout de chemin, également dans les moins grandes agglomérations du canton. Ainsi, 545 jardins familiaux sont mis à disposition de ses habitants par la ville d'Yverdon-les-Bains. A Nyon, la municipalité a mis à disposition des carrés potagers de 1 m2 en libre service ; à Gland, un jardin « éducatif » permet aux classes du collège de Mauverney de s’initier à la culture potagère ; ailleurs dans le canton, comme à Morges avec l'association Ecojardins, la démarche se revendiquant du mouvement des Incroyables Comestibles venu d’Angleterre, qui met en avant le partage des récoltes urbaines, fait des émules. La tendance est donc forte, qui depuis plusieurs années voit fleurir toutes sortes d’initiatives joyeuses et collectives afin de réconcilier le citadin avec la nature en faisant reprendre à celle-ci quelques droits en ville. 



Espaces

350 habitants-jardiniers cultivent une parcelle, ou « potager urbain » dans l'un des 14 plantages lausannois qui occupent une surface totale de 15’000 m2. Des oasis de verdure bienvenues. 


Thérapeutique

A Vevey, le potager urbain « Le pote à clos » inclut un jardin thérapeutique à l’usage des personnes en situation de handicap de l’institution Les Eglantines. Offrant un environnement serein, le jardinage favorise leur stimulation de la motricité fine.



equiterre.ch
ecojardinsmorges.wordpress.com