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Vaud, paradis des start-up

Bella vita n°50 > Grand angle, mai 2017

schedule LECTURE 7 MIN

Dynamisme du canton de Vaud et de ses hautes écoles, engagement des autorités, qualité des conditions-cadres, soutien à l’entrepreneuriat, autant de facteurs qui militent pour la qualité de l’innovation dans la région et des start-up qui la portent. Retraites Populaires est de la partie.

Il est des piqûres de rappel qui, parfois, représentent un excellent baume au cœur. L’étude Swiss Venture Capital Report 2017 réalisée par l’Association Suisse des Investisseurs en Capital et de Financement (SECA) fait assurément partie de celles-là. On y apprenait ainsi que le canton de Vaud se profile en tête des investissements en capital-risque dans le pays, synonyme d’une économie de l’innovation en plein essor sur les rives du Léman. En chiffres, cela s’est traduit pour les jeunes entreprises vaudoises en 2016 par des levées de fonds d’un total de 461,7 millions de francs, soit plus de la moitié du montant global de 908 millions enregistré au niveau national. Genève se profile en deuxième position avec 124 millions et Zurich en troisième avec 108 millions. Il est vrai que trois sociétés comptabilisent à elles seules pratiquement la moitié de ces investissements en terre vaudoise, raison pour laquelle le canton place cinq de ses entreprises dans les dix plus gros tours de table réalisés l’an dernier. Il n’empêche, tout le monde s’accorde à dire que cette statistique est des plus révélatrices. 


Lors du Carrefour des Créateurs 2016 organisé par Genilem, association ayant pour mission d'accompagner la création de jeunes entreprises innovantes dans les cantons de Vaud et Genève.


Pour Philippe Leuba, conseiller d’Etat en charge de l’économie et du sport (DECS), cette attractivité vaudoise ne doit rien au hasard : « il faut souligner la qualité des conditions-cadres, la densité des hautes écoles, véritables pôles d’expertise scientifique, le dynamisme des entrepreneurs, tout comme la diversité du tissu économique pour expliquer la situation unique dont bénéficie le canton de Vaud », expliquait-il lors de la publication de ces résultats. « De plus, les autorités vaudoises se sont pleinement engagées en dotant la plateforme Innovaud de 25 millions de francs sur dix ans à compter de 2012 et en mettant plus de 20 millions à disposition dans le cadre de la loi sur l’appui au développement économique. Tous ces facteurs ont contribué à ces levées financières spectaculaires en 2016. » Les auteurs du Rapport semblent pleinement d’accord avec cette analyse pour relever toute l’importance de la région lausannoise dans le classement des principales destinations européennes en matière d’investissements dans les start-up. Alors que Lausanne et sa région ne sont généralement pas pris en compte dans ce type de classement, celui de la SECA positionne ce « champion caché » au 6e rang, derrière Londres et Paris mais devant Madrid et Dublin. 

6e rang européen

Le classement de la SECA positionne Lausanne dans le top 10 des principales destinations européennes en matière d'investissements dans les start-up, derrière Londres et Paris mais devant Madrid et Dublin.

Questions de financement

« Nous avons pour enjeu de devenir l'un des leaders mondiaux dans l’innovation » relevait dans Bilan Patrick Barbey, directeur d’Innovaud, un organisme qui se présente comme la « clé d’accès à l’innovation » dans le canton. « Nous ne sommes pas encore dans le top 20 mondial mais nous avons beaucoup progressé. » Et de relever l’émergence de pôles de compétences dont l’envergure internationale ne fait plus de doute, à l’instar du Biopôle d’Epalinges, du Centre Hospitalier Universitaire Vaudois (CHUV), de l’Université de Lausanne et de la Fondation ISREC dans les sciences de la vie ou encore d’Y-Parc à Yverdon qui se profile dans les fintech. Il y a un an, on recensait ainsi 412 entreprises dans les technopôles vaudoises cumulant près de 4 000 emplois. Reine toutes catégories de ces centres d’innovation : l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). En l’an 2000, alors que le nom même de start-up n’avait pas encore fait son chemin dans le vocabulaire romand, les trois bâtiments qui formaient le Parc Scientifique d’Ecublens (PSE) jouxtant l’EPFL accueillait une petite poignée d’entreprises peuplées de professeurs Tournesol à qui l’on ne prédisait guère d’avenir pour avoir réussi à lever de maigres investissements à hauteur de 11 millions. Quelque 20 ans plus tard, les champs environnants ont vu l’émergence de constructions high tech comme le Learning Center ou le Swiss Tech Convention Center et le PSE s’est mué en Innovation Park, une « cité » déjà réputée à l’étranger, forte de 14 bâtiments qui accueillent aujourd’hui pas moins de 160 entreprises employant plus de 2 000 personnes. Des entreprises qui ont levé 385 millions l’an dernier ! Quant au budget de l’EPFL, il a pratiquement doublé durant le même laps de temps pour passer à 900 millions. 

Point n’est besoin d’aligner davantage de chiffres pour comprendre que le canton est désormais extrêmement bien positionné dans le transfert des savoirs et que les jeunes pousses qui émergent de ce terreau académique ont de nombreux atouts à faire valoir. D’autant que des entités comme Genilem ou le Réseau Entreprendre Suisse Romande offrent des structures d’accompagnement qui leur sont parfaitement adaptées. En un mot, Vaud est devenu un écosystème extrêmement favorable à l’émergence de sociétés high tech. Mais là où le bât blesse, si l’on peut dire, c’est qu’en matière de financement, les trois quarts des investissements sont d’origine étrangère. Selon l’adage que nul n’est prophète en son pays, force est en effet de constater que les start-up les plus prometteuses établies dans le canton intéressent davantage les professionnels étrangers du capital-risque que leurs homologues helvétiques. Et pourtant, « il y a des opportunités d’investissement fantastiques », selon Patrick Barbey. 


Stratégie en trois axes

Ce constat, Retraites Populaires le partage pleinement. « Les centres académiques et de recherche du canton représentent l’émergence de start-up prometteuses », confirme Philippe Doffey, directeur général de l’institution. « En tant qu’entité chargée de collecter et de gérer l’épargne, l’une de nos mis­sions consiste à soutenir l’économie régionale. Dans ce contexte et dans un rapport rendement-risque égal aux autres caté­gories d’actifs, nous avons pris le parti d’inclure ces jeunes entreprises dans notre politique de placement. En d’autres termes, nous investissons de manière raison­nable dans des sociétés locales non cotées via des structures de fonds dédiées qui offrent suffisamment de diversification. » 

Le soutien de Retraites Populaires à cette épine dorsale de l’innovation vaudoise ne se limite toutefois pas à ces investissements dans les entreprises. L’institution s’intéresse en effet à l’environnement dont peuvent jouir ces start-up. Raison pour laquelle elle est partie prenante dans plusieurs projets d’envergure comme par exemple dans l’extension du Biopôle d’Epalinges décidée l’année dernière. Le rendement immobilier justifie pleinement ce type de placement qui, indirectement, participe à la promotion de ces pôles d’excellence et de leurs hôtes. Troisième axe : le sponsoring. Retraites Populaires est ainsi partenaire financier et membre du jury du Prix Entreprendre Région Lausanne (PERL) qui récompense chaque année les sociétés qui contribuent à la création et au maintien de l’emploi, mais aussi de Genilem et de Réseau Entreprendre Suisse Romande. 

« Les centres acadé­miques et de recherche du canton représentent l'émergence de start-up prometteuses. » 

Philippe Doffey, directeur général de Retraites Populaires

Les entreprises high tech occupent évidemment une place de choix dans ce concours dont l’existence remonte à 2003.

« Investissements directs dans les entreprises via des structures comme Renaissance PME, projets d’infrastructure et participation dynamique à l’encouragement aux start-up innovantes, tels sont nos trois domaines d’intervention », résume Philippe Doffey. « L’objectif est naturellement de générer du rendement, conformément à nos besoins, mais pas seulement. Notre intérêt dans le capital- risque local et son environnement relève également d’une réflexion quant au potentiel de notre région. Or l’innovation en fait clairement partie et mérite pleinement d’être encouragée. » Pour le canton de Vaud, l’économie du savoir est devenue une réalité tangible. 




Dites-nous





Philippe Held

Fondateur de Dermosafe




Lauréate du PERL 2016, la société Dermosafe voit le jour en 2012, fondée par Philippe Held, ingénieur en électrotechnique au bénéfice d’une expérience de management au niveau international de plus de 20 ans. Cette start-up spécialisée dans la détection précoce des mélanomes propose une solution de télémédecine intégrée, connectant les pro­fessionnels de premiers recours, les patients et les spécialistes. 


Dermosafe a-t-elle obtenu les soutiens nécessaires durant sa phase de démarrage ? 

Si l’on considère que notre entreprise a été encouragée, y compris financièrement, par des organismes d’Etat comme Innovaud, le Service de la promotion économique du canton (SPECo) ou encore par l’agence fé­dérale CTI (Commission pour la technologie et l’innovation), nous ne pouvons certainement pas nous plaindre. Sans oublier les prix que nous avons reçus, un coup de pouce important qui peut même s’avérer décisif pour l’avenir d’une start-up. 


Bénéficiez-vous d’un environnement propice ? 

Certainement si l’on pense à la proximité de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne et au soutien extrêmement positif qu’elle nous apporte. Les difficultés que nous rencontrons sont en fait inhérentes à notre statut. Lorsque l’on arrive avec des solutions innovantes, l’acceptation du marché n’est pas gagnée d’avance dans la mesure où il y a toujours une certaine appréhension aux changements. 


Qu’en est-il du financement ?

La levée de fond est toujours un exercice périlleux. En ce qui nous concerne, nous avons bouclé notre premier tour de table en automne 2016, avec une promesse pour une deuxième ronde de financement, mais cela nous a pris du temps. Il s’agit de rencontrer les bonnes personnes qui croient en votre projet. C'est pourquoi il est indispensable de participer à ces évé­ne­ments consistant à présenter des start-up innovantes à des financiers potentiels qu’organisent par exemple la Banque Cantonale Vaudoise ou la Fondation pour l’innovation technologique (FIT). En ce qui nous concerne, nous pouvons envisager l’année 2017 comme celle du déploiement de Dermosafe sur la base d’une technologie parfaitement maîtrisée.